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Bonheur conjugal  

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(@delfa225)
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« Bonheur conjugal » est un article extrait du Guide pratique d’éducation familiale de Maurice Tièche.

Il vous est sûrement arrivé d’apercevoir un paysage par temps pluvieux au travers d’un vitrail jaune ou orange. N’avez-vous pas eu l’impression que tout à coup de chauds rayons dorés avaient tout transformé ? C’est un peu de cette façon que jeunes gens et jeunes filles, se regardent avant le mariage. Le soleil de l’amour illumine la grisaille des défauts. Hélas ! Le verre de couleur tombe bien vite, quelques fois, même il se brise, et le spectacle de la réalité jette un doute dans le cœur et amène une question sur les lèvres : Me serais-je trompé ?

Il y a des gens qui croient, après quelques mois ou quelques années de mariage, qu’ils se sont trompés dans le choix qu’ils ont fait de leur époux ou de leur épouse. Il faut bien reconnaître que trop souvent, ils ont raison. Mais il se trouve que très souvent aussi, leur conjoint a des raisons non moins sérieuses qu’il ou elle aurait pu ou aurait dû faire un choix bien meilleur. Cela revient à dire que les gens mariés ne rencontrent qu’assez rarement l’idéal auquel ils avaient rêvé et qu’ils sont tentés alors de le chercher ailleurs.

Si l’être qu’on va épouser semble différent de tous les autres, plus sensible, plus tendre, plus poli, plus intelligent, c’est qu’il entre dans ce jugement une petite part d’orgueil. Chacun, en effet, s’estime digne d’un être exceptionnel et se croit incapable de s’attacher à une autre personne que rien ne distingue du modèle courant. Sans doute, les mois de fiançailles révèlent certains traits de caractères peu attrayants, mais on se dit que ces défauts sont bénins, passagers et que, sous l’influence bienfaisante de l’amour, ils disparaîtront sans peine. Oui, l’amour est capable de faire des miracles. Pourtant, il vaut bien reconnaître que pendant les fiançailles chacun s’efforce de se montrer à son avantage ; tandis que lorsque le mariage est contracté, on arrive plus à contraindre sa véritable nature, tous les jours et en toutes circonstances.

Devant ces désillusions, il y a plusieurs erreurs à éviter.

D’abord, ne jamais se laisser aller à des reproches amers: « Ah, si j’avais su ! À quoi ai-je donc pensé en l’épousant ?

D’ailleurs, tel autre aurait bien mieux fait l’affaire ! » Il ne faut pas davantage se taire, « avaler » en quelque sorte sa déception pour que rien ne paraisse et se replier peu à peu sur soi-même dans une attitude de souffrance et de muette réprobation. La fissure n’irait qu’en s’élargissant au cours des années.

Il faut tout simplement accepter les défauts du conjoint sans lui en tenir rigueur, mais non comme s’il s’agissait d’une infirmité inguérissable. Il faut les considérer comme des lacunes à combler, des erreurs à redresser, des faiblesses à surmonter. Lorsque vous vous êtes marié, vous ne les connaissiez peut-être pas, mais vous deviez savoir qu’il y en avait ; vous n’avez donc pas le droit de vous en monter scandaliser, d’autant que vous avez apporté votre propre contingent d’imperfections.

D’ailleurs, êtes-vous, bien sûr qu’il s’agit toujours de vrais défauts ? Ne serait-ce pas, très souvent l’exagération de certaines qualités ? Vous trouvez monsieur, que votre femme est moqueuse. C’est un très vilain défaut, mais peut-être résulte-t-il d’une étonnante vivacité d’esprit. Félicitez-là et aidez-là à ne pas exercer son talent aux dépens d’autrui. Votre mari est maniaque, tatillon, madame. Au fond, c’est qu’il a le respect de l’ordre, de la propreté, de la régularité. Tâchez de le satisfaire, mais montrez-lui aussi de temps en temps le charme de la fantaisie !

Ah, si nous pouvions tous mettre devant nos yeux le verre de couleur qui éclaire tout, comme les autres seraient plus heureux auprès de nous ! Nous ne saurions pas plus indulgents ou plus faibles à leur égard, mais, voyant mieux leurs qualités, nous les aiderions à s’en servir pour vaincre leurs défauts. Le mariage n’est pas destiné à nous faire nager perpétuellement dans le bonheur ; sept ou huit personnes sur dix le savent par expérience. Il est une association très étroite et très tendre de deux personnes qui se prennent comme elles sont, avec toutes les surprises que cela comporte, et s’aident l’une envers l’autre à devenir meilleures.
Bien des causes de mésentente, dans le domaine conjugal, se ramènent, me semble-t-il, à une seule: l’absence de respect et de considération pour la personne et les opinions du conjoint. Il est souvent arrivé à M. Tièche de conseiller de jeunes époux… même sans en avoir été prié. Autrefois, il leur disait entre autres choses : « Évitez la première dispute, se sera le meilleur moyen de rendre impossibles toutes les autres. »

« Je dois avouer que l’expérience a modifié peu à peu les teneurs de mon discours », il ajoute. Maintenant, je leur dis volontiers ceci: « Mais bons amis, ce serait un miracle qu’aucune dispute ne s’élève entre vous. Deux êtres qui vivent constamment ensemble ne peuvent pas éviter de se contrecarrer de temps en temps. Je ne doute pas de votre amour ; je suis certain qu’il vous a parfaitement unis.

Mais enfin des différences irréductibles subsistent entre vous. La première, qui est fondamentale, c’est que l’une de vous est un homme et l’autre une femme. À cela, vous ne changerez rien. En outre, vous n’avez pas été élevés dans la même famille, dans le même milieu. Des heurts se produiront sûrement sans que vous le vouliez. Un reste d’égoïsme peut les envenimer au point de donner à une conversation simplement contradictoire l’allure d’une dispute. Ne permettez pas au premier orage de vous meurtrir et de vous faire croire que votre bonheur est brisé.

Essayez de ne pas vous disputer, mais si vous le faites, dites-vous bien que peut-être vous ne perdez pas votre temps. Ces querelles vous donnent l’occasion de rechercher un terrain d’entente ; elles contribuent à entretenir votre liberté et votre personnalité ; enfin, elles mettent vos sentiments à l’épreuve. Ne serait-ce pas un bien piètre amour que celui qui ne survivrait pas à une divergence d’opinion exprimée avec un peu de véhémence ? Quelque pénibles qu’elles soient, ces disputes ressemblent aux vagues de l’océan : elles agitent la surface, mais ne troublent jamais les profondeurs. » Tel est mon petit discours, aussi rassurant que sincère.

Mais je dois bien reconnaître que certaines disputes amènent les époux à se dresser si violemment l’un contre l’autre et prennent un tel caractère de gravité que l’amour s’en trouve sérieusement compromis. Quand un psychologue a l’occasion d’être témoin d’une de ces disputes et qu’il l’analyse en rapport avec le caractère ou le comportement des deux antagonistes, il est frappé d’une chose : les deux personnes qui s’affrontent manquent généralement de maturité affective. On dirait que leur expérience sociale de la vie s’est arrêtée à un stade inférieur, presque enfantin. Les causes de ce retard sont diverses : erreurs d’éducation, exemple de parents trop émotifs, absence de l’un d’eux et particulièrement de la mère en cas de décès ou de divorce. Mais une recherche plus approfondie révèle parfois une cause bien inattendue: l’expérience précoce de l’amour.

Lorsqu’un jeune homme trop jeune et une très jeune fille font ensemble une expérience amoureuse qui dépasse le niveau normal de leur âge, leur développement social s’arrête à peu près au stade où il se trouve à ce moment-là. On ne devra donc pas être surpris si, par la suite, ils se conduisent comme de grands enfants égoïstes et mécontents.

Les époux qui se disputent ne devraient essayer de ne pas prendre au tragique les sautes d’humeur de leur conjoint. Ils feront bien, en revanche, de considérer avec sérieux leurs propres mouvements de violence et d’hostilité. Ainsi, ils rechercheront plus volontiers à se corriger et à donner à leur vie conjugale un tour plus agréable et plus serein. Ceux qui auront le plus de peine à faire des progrès sont ceux qui souffrent de retard dans leur développement affectif et social. Ils ne sauraient effacer leurs expériences passées, mais ils peuvent les examiner objectivement pour les juger et les déplorer. En les répudiant avec sincérité, ils feront un grand pas vers une transformation de leur vie sociale et de leur comportement au sein de la famille.

On n’est pas obligé d’être toujours du même avis pour s’aimer. Il suffit qu’on ne se heurte jamais, qu’on ne s’obstine pas à faire passer l’autre, coûte que coûte, par où l’on veut passer soi-même.

Deux êtres s’aiment-ils vraiment, quand l’un domine et que l’autre cède, même avec le sourire le plus sincère ?

Des efforts pour se comprendre et s’adapter, il en faut, et même beaucoup. Mais pas de capitulations, je vous en prie. Je ne donne pas cinq ans de vie conjugale supportable à celui qui serait assez imbu de lui-même pour les exiger ou assez faible pour les tolérer.

Je permets, en revanche, de longues années agréables et douces, malgré les vicissitudes de l’existence, à ceux, restant eux-mêmes dans ce qu’ils ont de meilleur, éprouvent une joie profonde à se faire de mutuelles concessions parce qu’ils ne trouvent leur bonheur que dans le sourire reconnaissant de deux yeux tendrement aimés.

Ces conseils sont loin d’être complets ; ils donnent une idée de la direction vers laquelle les époux devraient porter leurs efforts et leur bonne volonté. Le conjoint possède, à côté de ses défauts, de sérieuses qualités. En les reconnaissant, en les encourageant et en leurs faisant confiance, il est presque toujours possible de les orienter et de les développer.

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Posté : 26/03/2016 12:28
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