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Psychologie de l’adolescent  

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(@delfa225)
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Les jeunes gens et les jeunes filles qui ont aujourd’hui de quatorze à dix-huit ans environ préoccupent beaucoup leurs parents et leurs éducateurs. Ils sont, en effet, à un âge ou la psychologie s’avère particulièrement délicate. L’adolescence est une période de la vie au cours de laquelle le sujet considéré, devenu capable d’activité sexuelle, rompt progressivement ses attaches avec l’enfance pour adopter la manière d’être de l’adulte.

C’est au début de l’adolescence, c’est-à-dire à l’âge de quatorze ou quinze ans, que l’intelligence atteint son développement maximum. Après cet âge on devient toujours plus savant, lorsqu’on s’en donne la peine, on profite mieux des enseignements de l’expérience, grâce à une activité et à une vie affective mieux adaptées, mais on ne devient pas plus intelligent.

C’est aussi à cet âge que l’adolescent est rendu capable, grâce à l’acquisition de la pensée abstraite, de concevoir des idées générales et en particulier l’idée de loi. Il commence alors à comprendre que le bien n’est pas, comme le croyait l’enfant, une soumission passive à un ordre donné, mais qu’il est une perfection à atteindre, un idéal à réaliser.

Dans la vie scolaire, le maître qui, jusque-là, avait été considéré comme un homme chargé de donner des devoirs et de distribuer des récompenses ou des punitions, devient désormais, pour peu qu’il enseigne avec goût et avec sérénité, un véritable guide spirituel et presqu’un ami.

Mais cette intelligence qui vient d’atteindre son degré de pleine maturité éblouit l’adolescent, un peu comme cela arriverait à un voyageur qui se serait endormi, il y a cent ans, dans une diligence et qui se réveillerait, de nos jours, dans l’un de nos grands rapides ou à bord d’un avion à réaction. Le jeune homme croit qu’avec cette intelligence toute neuve, avec ce raisonnement si précis, il va pouvoir résoudre toutes les questions, tranché par oui ou par non tous les problèmes. N’ayant pas encore aperçu tout ce qu’il y a de nuancé dans les divers situations au milieu desquelles il devra choisir sa propre position, il est volontiers absolu dans ses jugements.

A cause de cette intransigeance, l’adolescent est amené à contredire les personnes de son entourage. Pour lui, prendre le contre-pieds de l’opinion des autres, c’est une manière de s’affirmer ou tout simplement d’exercer ses talents nouveaux. L’imitation propre à l’enfant serait à ses yeux une attitude rétrograde, donc humiliante.

Mais si l’adolescent ne peut pas imiter les autres, il est bien forcé tout de même d’apercevoir leurs talents, leurs qualités morales, leur génie quand ils en ont et il les admire. L’enthousiasme qui en résulte le met momentanément au-dessus de ses possibilités réelles et favorise l’accomplissement d’actes exceptionnels dans le domaine moral. Le début de l’adolescence marque aussi le moment où le caractère, développé au long des années de l’enfance, se fixe à peu près définitivement et s’affirme. C’est dans cette prise de position qu’il faut chercher la cause principale des difficultés souvent dramatiques qui opposent l’adolescent à ses parents.

L’enfant admet le principe de l’obéissance et se rend compte obscurément qu’il a besoin de la communauté familiale. De tous les milieux auxquels se heurte la jeunesse, la famille est certainement celui qui paraît l’exaspérer le plus. La jeunesse nourrit, en effet, contre la famille deux griefs graves: elle ne la comprend pas et s’oppose à son indépendance. De là cet embarras extrême des parents et des éducateurs: donnent-ils un ordre poli, mais bref et précis, c’est qu’ils veulent exercer sur l’adolescent une contrainte insupportable; ont-ils recoure à des paroles tendres et paternelles, c’est qu’ils prétendent l’humilier et le traiter comme un enfant.

Mais un autre facteur intervient pour jeter le trouble entre parent et grands enfants. Le sens critique naissant, le besoin d’absolu et de perfection amènent l’adolescent à critiquer et juger son père et sa mère. Ces critiques et l’opposition qui en résulte ne devraient pas être prises trop au sérieux, car elles constituent une espèce d’exercice de jugement, lequel le portera bien vite d’ailleurs et provisoirement aussi, sur toutes les manifestations de la vie sociale: l’école, l’Etat, l’Eglise, etc.

Ainsi, l’adolescent exprime son besoin de perfection, besoin d’autant plus exigeant que la réalité le déçoit cruellement. Telle parait être la cause principale de la révolte juvénile dont font preuve particulièrement les garçons. Tout ce passe comme si la décevante réalité amenait le jeune homme à tenir, suivant son tempérament propre, l’un ou l’autre des raisonnements suivants: « Vous m’avez appelé à l’existence dans un monde singulièrement imparfait; je ne puis vivre dans un tel milieu. Je vais donc m’en isoler le plus possible. » Ou bien: « Ce monde est terriblement imparfait, il faut que cela change; je vais m’y employer avec la dernière énergie. Prenez garde de ne pas me barrer la route! »

On reconnait dans le premier de ces raisonnements l’attitude du jeune homme mécontent et boudeur qui subit le martyre que lui inflige la société et cherche par tout moyens à y échapper: isolement, fugues, refuge dans certains ordres religieux, suicides etc. Le second est celui des réformateurs, des apôtres, des bienfaiteurs de l’humanité, mais aussi, hélas, celui des révoltés, des anarchistes, des futurs dictateurs. Entre les deux, bien entendu, il y a la foule innombrable des indifférents, des indécis, des girouettes et des moutons.

De toute manière, de nombreux conflits éclatent entre les jeunes et les aînés. Le fait est si général qu’on lui a donné un nom: le conflit des générations. Il faut reconnaître qu’il est assez souvent sérieux, mais il ne faudrait pas se méprendre sur sa cause réelle. Ce n’est pas un conflit qui oppose, comme on le croit généralement, deux m’mentalités différentes; ce n’est que le contenu de ces mentalités qui diffère. L’âme juvénile garde sa structure particulière résultant des facteurs que nous venons d’indiquer et qui est toujours la même à travers des siècles, mais ce qui l’oppose à la génération précédente résulte simplement du fait que les jeunes ne s’intéressent plus à ce qui pouvait passionner leurs aînés et se passionnent au contrait pour des choses que la génération précédente n’a pas connues ou n’a pas pu admettre en vertu des influences qui ce sont exercées sur elle en son temps. Cette opposition qui dresse les fils contre leur père n’est pas entièrement malfaisante. L’adulte consent souvent à des compromis avec la réalité, il fait « la part du feu » et se contente d’une honnêteté médiocre. L’adolescent lui est trop absolu pour accepter ces demi-mesures. Aussi cherche-t-il à entreprendre dans la société la flamme de l’idéal. C’est pourquoi les éducateurs devraient s’efforcer d’être compréhensifs et bienveillant envers la jeunesse, lui procurer des conditions de vie plus conformes à ses aspirations, dans la mesure du moins où celle-ci sont en accord avec ce que nous pourrions appeler l’idéal éternel.

Madame Juliette Boutonnier faisait remarquer il y a quelques temps dans une leçon donnée à l’Ecole des parents que l’adulte à des droits bien connus par les constitutions et les lois, que l’enfant a, lui aussi, son statut, mais que les adolescents n’en on point. Il serait nécessaire, en effet, de reconnaître que l’adolescent, n’étant plus un enfant et par encore un adulte, mérite une attention particulière du fait de cet embarras qui résulte de l’ignorance presque totale dans laquelle les adultes se trouvent à son égard. Au fond, il suffirait de le bien comprendre pour le bien traiter. Et si quelque hésitation subsistait, qu’on oublie pas qu’il vaut mieux traiter un adolescent comme s’il était plus âgé qu’il n’est en réalité, plutôt que de lui infliger l’humiliation de le considérer comme un petit enfant.

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Posté : 18/04/2016 1:40
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